mardi 22 novembre 2011

Le blog change de nom !

Chers lecteurs,


Vous, que je sais nombreux et assidus (mille mercis), serez heureux d'apprendre que votre blog fétiche a changé de nom.


Mais pourquoi donc ? me demanderez-vous, en incorrigibles internautes inquisiteurs que vous êtes (mais si, mais si).


Très simple.


La nouvelle mouture pourrait éventuellement être vue comme destinée à se débarrasser d'un nom de domaine un peu trop usité par mes charmants co-bloggers (notons par exemple http://climaginaire.com/ ; http://chroniquesdelimaginaire.fr/ ; etc. bis et repetita), ou encore comme un modeste clin d'oeil au célèbre et regretté cafard - http://www.cafardcosmique.com/ - ou à l'actif et sympathique castor - http://www.castorastral.com/.


Il n'en est rien voyons : cette nouveauté est pour vous, rien que pour vous. Gratuit. Fun.
Pour se régaler les mirettes.


Enjoy !

samedi 5 novembre 2011

Jenna Fox, pour toujours / Mary E. Pearson

Le pitch 

"Ainsi reprend la vie de Jenna, 17 ans, amnésique, après un an passé dans le coma. Tant bien que mal, sous la houlette de ses parents, la jeune fille réapprend à être celle qu'elle a toujours été, une enfant adorée, vénérée. Pourtant, très vite, Jenna comprend qu'elle est bien plus que les faits et statistiques qu'on lui fait avaler. Plus que les vidéos qu'on lui fait regarder. Et avec les souvenirs apparaissent des questions, auxquelles personne ne veut répondre..." (Résumé éditeur)



Avis

Un roman de science-fiction qui cache un peu son jeu dans les premières pages (anticipation ou non ?) puis dévoile rapidement ses grosses ficelles : le coma, ressort narratif ultra-classique, et les questionnement pseudo existentiels d'une ado en crise, bafouée, trompée et [SPOIL] transformée en méta-humaine par son scientifique de père pour la faire échapper au trépas suite à un accident de voiture.

Il est regrettable que l'auteur n'ait pas joué à fond la carte de l'anticipation et  n'ait pas davantage exploité le seul "thème" intéressant de cet ouvrage - l’animalité brutale du rapport entre géniteurs et rejetons, amour sanguin qui pousse à repousser les limites même de la vie ; désir innassouvi d'échapper, par toutes les possibles, à l'inéluctable partie de poker menteur finale avec cette bonne vielle Camarde - pour au contraire le mâtiner copieusement de passages d'un romantisme vaseux afin de s'assurer l'adhésion de jeunes lectrices aux hormones bourgeonnantes. Tous les passages dans "l'école" (5 élèves ??!!?, parti pris un peu facile et peu crédible qui débouche au final sur un huis clos mou) ainsi que les personnages masculins semblent ainsi passablement inutiles.

Ajoutons à cela que le "suspense" du roman (mais qu'est-il arrivé à cette pauvre Jenna ??) est largement prévisible, et que les aspects techniques de la chose apparaissent plutôt hésitants, voire poussifs, et l'on ne peut que regretter le traitement mi figue mi raisin de ce qui aurait pu être un texte corrosif et secouant vraiment les méninges (et papilles !) de l'ami lecteur.

Que dire ? Bien écrit certes, mais consensuel et souffrant d'un trame plutôt faiblarde en raison de sa constante hésitation entre pure SF et amourette déchirée; la romancière semble être passée à côté de son sujet. 

La sélection de ce roman pour le prix des Incorruptibles reste en ce sens assez énigmatique, la SF jeunesse donnant aujourd'hui des récits plus réussis - à moins bien bien sûr que ce plébiscite résulte d'une volonté d'association avec des réflexions éthiques dans une optique d'étude d'oeuvre en classe. Moyennement enthousiasmant...

Infos

Editions : Les Grandes personnes
Edité le : 26/08/2010
Nb. de pages : 281 p.
Prix : 14 €
ISBN : 978-2-361-93012-7

Divers : en sélection officielle prix des Incorruptibles 2012

dimanche 2 octobre 2011

Cytheriae / Charlotte Bousquet

Résumé

"La splendeur de Cribella, capitale lagunaire de Cytheriae, n'est plus qu'un lointain souvenir rongé par l'humidité et la décrépitude. Certains prétendent même que d'effroyables créatures hentent ses canaux nauséabonds... Et voilà qu'aujourd'hui une vague de suicides inexpliqués endeuille le quartier populaire de Métida. Nola, écrivain public, et son amant, Angelo di Larini, sorcier réprouvé de l'Ordre de la Nouvelle Lune, entendent découvrir et combattre les forces à l'oeuvre. Leur dernière piste les mène à Malatesta, démon né d'amours contre-nature prisonnier du Dédale. Sera-t-il un allié... ou leur plus implacacble ennemi ?" (4ème de couverture)



Avis

Cytheriae est un roman qui, dès les premières pages, déroute : allez-retours entre passé et présent, voire entre vie et trépas, brouillent la conscience du temps et de l'espace, le fil du récit se tordant insidieusement et filant sous les yeux du lecteur... jusqu'à ce que - dans un processus quasi magique - les éléments se mettent tout à coup en place, d'eux-même, et sans y paraître : les énigmes se dissolvent, les personnages réinvestissent leur place propre - place qu'ils occupaient en fait depuis les premières lignes... 
Pari osé que cette entrée en matière à "rebrousse-poil", mais l'astuce est belle, et fonctionne.. on adhère donc.

Roman déroutant aussi  par son style (plutôt atypique en fantasy)  : langoureux, délicat, remarquablement cristallin et précis, presque éthéré... mais également cruel, sombre, perfide parfois, à l'image de Cytheriae, cette cité d'eau stagnante, de malaise et de vice.  Style maîtrisé et terriblement efficace, de plus parfaitement adapté au personnage principal, la mélancolique Nola, et aux décors  d'inspiration vénitienne. Encore une fois, on adhère...

Poétique, atypique, empreint d'une délicatesse sombre - voire proprement morbide, Cytheriae est un beau roman oscillant entre dark fantasy et fantasy urbaine...  à mettre entre toutes les mains, donc !




Infos

Editions : Mnémos (collection Icares)
Parution : 21/05/2010
Nb de pages : 288 p.
Prix : 20 €
ISBN : 978-2-354-08080-8

Prix littéraires : Prix Elbakin 2010 et prix Imaginales 2011

jeudi 15 septembre 2011

Collection mini Syros Soon

Une chronique globale pour présenter la collection Mini Syros Soon, chez Syros, consacrées à de très courts récits (40 pages) en petits formats et destinés à la découverte du genre SF pour les plus jeunes lecteurs. 
Exercice particulièrement difficile... et la plupart des titres sont réussis. 
Vraiment intéressant, d'autant que chaque titre ne coûte que la modique somme de 2.95€ !

L'envol du Dragon / Jeanne-A Debats

Le pitch : Valentin, garçonnet de neuf ans atteint d'un cancer, oublie son quotidien douloureux en se connectant dans son jeu en ligne, WorldOfDragons. Grâce à une connexion branchée directement à la base de son crâne (d'où l'aspect SF - sinon peu présent), il est projeté dans l'univers virtuel d'une confrérie de Dragons. Son défi ? Apprendre à voler avant qu'il ne soit trop tard dans le monde "réel".

 

Avis : Bien que très réticente aux livres "sur" ("SUR" la maladie, "SUR" les jeux vidéos) et aux livres censées arracher des larmes aux petits lecteurs, j'ai été (comme nombre de lecteurs adultes) séduite par l'efficacité et la pudeur de ce très court récit. Pour une fois, en plus, que le JdR n'est pas vu comme une perversion destinée à bousiller les petits cervelets... on apprécie.

Nb de pages : 40
ISBN : 978-2-74-851067-6


Libre / Nathalie Le Gendre

Le pitch : Sur Hamada, les colons Terriens ont réduits les autochtones à l'esclavage. Mais ceux-ci, par un subterfuge de leurs oppresseurs, ne s'en rendent pas compte et travaillent avec joie... Hamu, petite fille d'Hamada, va comprendre petit à petit la vraie nature de la relation l'unissant aux Humains.


Avis : Trame ultra-classique, mais texte ultra efficace ! On s'attache très vite à cette fillette qui, naïve malgré elle, va déciller et réaliser que les Humains sont plutôt de sales types, en définitive (tendeance assez prégnante en SF jeunesse ces dernières années ?). Et la tomate comme fruit de la connaissance, sympathique clin d'oeil ! Bref très bien fait, une excellente initiation au genre.

Nb de pages : 43
ISBN : 978-2-74-851065-2



vendredi 2 septembre 2011

Le Tempestaire T1 : La confrérie des naufrageurs / Johan Heliot

Résumé

Dans la décadente Rédemption, ville portuaire sombre peuplée de réprouvés et de Gueux, se dresse la maison d'Haggis, celui que l'on appelle "maître des Innocents". La spécialité de ce Haggis est de recueillir des nourrissons, des les "élever" et, à l'âge tendre de dix ans, de les soumettre à un épreuve destinée à prouver leur valeur et éventuellement révéler leur pouvoir. A Rédemption en effet, seul le pouvoir peut aider un enfant à s'en sortir...

Or Haggis ignore encore qu'il parmi ses cadets un jeune garçon, Jed, qui deviendra l'enjeu majeur d'une lutte sans merci entre les Directeurs, dirigeants de la cité, et la Matrone des Naufrageurs, représentante du contre-pouvoir. Le petit Jed possède en effet un talent rarissime : il est destiné à devenir le nouveau tempestaire, c'est à dire celui qui commande aux éléments.

La confrérie des naufrageurs est le premier volet d'un cycle qui compte deux autres tomes (lectures et critiques à venir) :
- Les flibustiers du vent (T2)
- Le Roi au coeur de pierre (T.3)



Avis

Un début de série très prometteur : l'intrigue pique la curiosité, les personnages  connaissent des évolutions très intéressantes (qui est vraiment la matrone ?? mais que va devenir l'odieux Morrow ??) et le monde créé est dense et fascinant : qu'il s'agisse des décors de ville rongée par la crasse et le vice, la frénésie savante des marins maîtrisant leurs bateaux et investissant le port, ou encore les majestueux plans d'ensemble livrés par Jed lorsqu'il prend possession de son pouvoir, l'univers du Tempestaire est solide et lie sans aucun problème la laideur des faubourgs Gueux, les chemins tortueux de l'en-bas, la colère de la mer ou des cieux. Tout à fait réussi donc.

Il semble en revanche regrettable que l'écriture se montre parfois (peu souvent) trop pompeuse, presque encyclopédique lorsqu'il s'agit d'étaler devant le lecteur pléthores de termes maritimes (comme si l'on voulait montrer qu'on "s'y connaît" ou qu'on veut "apprendre quelque chose" au petit lecteur ; foin de la la pédagogie livresque en fantasy messieurs, laissons cela à nos (sympathiques) confrères de "c'est pas sorcier" !).

On aurait ainsi aimé davantage de vivacité, d'audace voire d'humour dans le texte pour mieux coller à l'aspect majoritairement fétide, grumeleux et inquiétant de la cité. L'écriture ici fige presque le roman, le rend un peu lisse, un peu sérieux... bon, ce sont des broutilles vis-à-vis de la globale réussite de l'ouvrage, mais tout de même ! C'est également bien sûr en fan de La Guerre des mondes n'aura pas lieu que je note ce changement de style, mais enfin...

Un premier tome passablement alléchant donc, bien mené et bien écrit (malgré un style parfois trop ampoulé) qui plaira sans conteste aux jeunes lecteurs et lectrices (et aux autres !) dès 12 ans. La lecture de la suite est prévue pour donner une vue d'ensemble sur ce cycle ; mais a priori connaissant l'auteur la qualité devrait être au rendez-vous, donc pas de risque à investir dans son Tempestaire !

Infos

Tome 1
Titre : La confrérie des naufrageurs
Editions : Baam !
Parution : 12/05/2010
Prix : 13€
Nb de pages : 414
ISBN : 978-2-290-01790-6


Tome 2
Titre : Les flibustiers du vent
Editions : Baam !
Parution : 08/09/2010
Prix : 13€
Nb de pages : 378
ISBN : 978-2-290-02381-5

Tome 3
Titre : Le roi au coeur de pierre
Editions : Baam !
Parution : 04/05/2011
Prix : 13€
Nb de pages : 349
ISBN : 978-2-290-02822-3

jeudi 1 septembre 2011

Odd et les géants de glace / Neil Gaiman

Résumé


Dans le monde du jeune Odd - un monde Nordique des temps anciens, fait de glaces et de fjords - le printemps, époque de renouveau et perspective de nourriture pour les bêtes et les hommes, se fait attendre. Nul ne sait comment contrer ce dérèglement inattendu de la nature... jusqu'au jour où Odd, que la chance a oublié depuis longtemps, délivre par hasard un ours dont la patte est coincée dans un arbre. 

Cet ours, flanqué de deux compagnons des plus étranges - un renard et un aigle - serait en effet un dieu victime d'un sortilège. Conjurer le mauvais sort permettrait de redonner aux saisons leur cours habituel.

Or, Odd semble être le seul humain disponible pouvant aider les dieux en se rendant au pays des terribles géants de glace...



Avis

Après Coraline (2003) et L'étrange vie de Nobody Owens (2009), l'ami Gaiman était bien sûr attendu au tournant. Verdict ? Magistral :  En magicien goguenard du verbe, l'auteur nous régale une nouvelle fois... et Odd n'est pas loin d'être, dans mon cas, mon héros de Gaiman favori !


Il n'est pas besoin de critique distillée dix pages durant pour faire toucher du doigt l'essence même de ce texte indescriptible, intelligent et plein de nonsense, parabole de l'entrée à l'âge adulte ou pérégrination flottante dans les fjords en compagnie de Dieux passablement concupiscents ou grognons.... c'est pourquoi je livrerai ici simplement les toutes premières phrases du livre, qui posent gentiment les balises  du conte pour aussitôt les ravaler dans majestueux calembour (NB : "Odd" en anglais signifie..."bizarre" !! ) :


 "Il était une fois un garçon nommé Odd, ce qui n'avait rien d'étrange ni d'inhabituel en ce temps et dans cette contrée-là. "Odd" signifiait "la pointe d'une lame", c'était un nom porte-bonheur. 
 Le garçon, en revanche, était un peu bizarre."

Ah ! Impossible de résister à la tentation d'un commentaire supplémentaire.. Avec de belles pages très aérés aux grands caractères et des gracieuses illustrations en tête de chapitre, Odd et les géants de glace est définitivement un conte splendide, entre philosophie et absurde, comme seul Gaiman sait les faire. Moins sombre que Coraline, ce roman est accessible en lecture seule dès 8-9 ans ; en lecture à voix haute cela marcherait aussi très bien pour des plus jeunes.

Une des (splendides) illustrations de Brett Helquist

 Indéniablement, une réussite ; une lecture douce-amère qui reste au coeur... et exalte même, comme on peut le constater, les accents lyriques du chroniqueur !!

Bref : du grand Gaiman pour seulement 10 € : amis lecteurs & bibliothécaire, allez-y gaiement !!


A noter : on a ici encore un très bon titre de la collection Wiz (même si la prise de risque, compte tenu de l'auteur, restait ici minime) ; collection sympathique malgré quelques ratés quasi historiques (Citons l'inimitable - et c'est heureux - Comment j'ai embrassé un zombie par exemple).

Infos


Illustrations : Brett Helquist
Traduction : Valérie Le Plouhinec
Editions : Albin Michel (Collection Wiz)
Parution : 03/11/2010
Prix : 10€
Nb de pages : 141 
ISBN :  978-2-226-19554-8

lundi 29 août 2011

L'Agence Pinkerton T1 : Le châtiment des hommes-tonnerres / Michel Honaker

Résumé


Salt Lake City, hiver 1969. Neil Galore, joueur de poker et roublard notoire, n'a plus un sou en poche. Il décide de répondre à une annonce proposant un poste de détective au sein de la mythique agence Pinkerton, créée par le non moins célèbre - et mystérieux - Allan Pinkerton dans le but d'éradiquer le crime aux quatre coins des Etats-Unis. 


Neil Galore, flanqué de trois coéquipiers fraîchement pourvus de l'insigne des Pinkerton, se voit chargé d'une enquête sur le transcontinental (train reliant l'ouest et l'est). Un étrange criminel, surnommé "le chapardeur", sévit en effet dans le train au couvert de la nuit.


Tome 1




A NOTER : le deuxième tome, Le rituel de l'ogre rouge, est paru en août 2011 avec une couverture tout aussi superbe que la première... lecture et critique à venir !


Tome 2




Avis


Avec ce roman, Michel Honaker veut nous plonger dans une ambiance "Amérique rétro au XIXème, entre cow-boys et débuts de l'industrialisation".... pari réussi !

Parties de poker, danseuses de saloon, combats à la carabine et magouilles autour du chantier de construction du premier chemin de fer, le décor est parfaitement mis en place. Les tribulations des quatre nouveaux agents Pinkerton, menés par un sympathique héros dandy et roublard, le jeune Neil galore, sont de plus aussi savoureuses que captivantes.


L'enquête va rapidement se détourner de la figure du méchant - le fameux "chapardeur" - pour s'intéresser aux zones d'ombres qui subsistent autour de la construction du chemin de fer... changement de cap qui sera l'occasion pour l'auteur d'intégrer de très beaux moments de surnaturel propres à faire frissonner le lecteur !


Seul bémol (soyons exigeants) : une révélation finale trop convenue, façon "Star wars"... mais on pardonne vite au romancier, excellent par ailleurs !


Palpitantes, prenantes et surprenantes : les aventures de Neil Galore sont si bien ficelées, entre western et fantastique, qu'on en redemande sans problèmes ! Une vraie lecture plaisir, très piquante, à conseiller à tous.


Infos


Tome 1
Editions : Flammarion
Parution : 02 février 2011
Prix : 13€
Nb de pages : 240
ISBN : 978-2-08-123330-0


Tome 2

Editions : Flammarion
Parution : 24 août 2011
Prix : 13€
Nb de pages : 235
ISBN : 978-2-08-124330-9

mercredi 24 août 2011

Le peuple des minuscules T1 / Steve Augarde

Résumé

Midge, douze ans, part en vacances chez son oncle pendant la tournée de concerts de sa mère, une célèbre violoniste. La petite fille, habituée à la ville, tombe très vite sous le charme de la ferme familiale, des animaux et des bois environnants. 

Alors qu'elle explore avec délices ce nouveau terrain de jeu, Midge entend soudain une voix appeler près de la grange. Curieuse, elle s'approche... et découvre une étrange créature coincée sous une machine agricole : un cheval blanc miniature, doté de grandes ailes de chauve-souris, qui l'appelle à l'aide. Il est le messager du peuple des Minuscules, habitants du bois appartenant à l'oncle de Midge.

Cette dernière est affolée : ce bois, son oncle prévoit de la vendre très prochainement à un promoteur immobilier... les Minuscules sont en danger !



Avis

En dépit d'une intrigue des plus classiques, Steve Augarde signe là un très beau roman de fantasy jeunesse qui a le mérite (et l'originalité) de ne jamais donner dans la surenchère de merveilleux : tout sonne juste, tout semble vrai... 


Les sentiments des personnages sont décrits avec une précision d'orfèvre, et l'auteur offre à son récit - pourtant "fantaisiste" - un réalisme presque terre à terre. Ainsi Midge, lorsqu'elle découvre Pegs, le cheval ailé, n'est pas du tout émerveillée ; au contraire, dans une réaction très humaine, elle est terrifiée, même révulsée face à l'apparition de cette entité existant hors du temps et du monde normal - on est d'ailleurs ici davantage dans les ressorts du fantastique, l'aspect "fantasy" étant plus vif dès lors que l'univers des minuscules est révélé. Midge s'habituera lentement à l'apparence de son nouveau compagnon ; quant au nouveau peuple, point de contes de fée ou de manichéisme : comme chez les humains, les Minuscules ont leurs belliqueux qui refusent de traiter avec l'autre espèce !

Ce souci de réalisme - couplé à une écriture dense et très maîtrisée - amène à une totale adhésion du lecteur : on se sent véritablement vibrer avec Midge quand la vieille grange désertée ou les futaies du bois, jusqu'ici théâtres d'aventures imaginaires, se peuplent véritablement de créatures incroyables.. un texte à aborder avec son âme d'enfant !

Le peuple des minuscules n'est donc pas qu'un énième roman traitant de  tous petits bonshommes mais constitue un véritable roman de découverte, pétri d'humanité et de merveilleux, dont l'histoire est accessible chez les plus jeunes lecteurs, dès 10 ans (attention néanmoins : l'écriture est très dense, voire exigeante). 1er tome d'une trilogie.

A noter : le prix élevé s'explique par le volume de l'ouvrage et sa facture particulièrement soignée ; ce livre est en effet un bel objet, agréable à tenir en main.

Infos

Traduction : Jean Esch
Editions : Albin Michel (collection Wiz)
Parution : 02 février 2011
Prix : 18 €
Nb de pages : 422

mardi 23 août 2011

La guerre des mondes n'aura pas lieu ! / Johan Heliot

Résumé


En 1887 à Londres, le jeune Herbert G. Wells envoie un manuscrit qu'il pense révolutionnaire à tous les éditeurs de la ville ; mais le texte est partout refusé.
Dépité, le jeune homme décide d'embarquer pour l'Amérique, à la recherche d'une cité idéale où sa créativité pourrait s'épanouir librement. C'était sans compter l'arrivée imminente de visiteurs inattendus : des Martiens peu amènes, que H.G Wells devra repousser afin d'empêcher la guerre des mondes !




Avis

Que se serait-il passé si H.G Wells n'avait pas écrit mais vécu et empêché une invasion de la Terre par les Martiens ? Mais... la guerre des mondes n'aurait pas eu lieu, pardi !

Partant de cette hypothèse passablement farfelue, Johan Heliot signe un très, très bon roman, entre parodie délirante et hommage ému à H.G Wells. Vivant et limpide, le texte exprime avec une tendresse manifeste l'admiration éprouvée pour Wells, grand maître de la SF classique, et donne du même coup envie de redécouvrir La Guerre des mondes...


Au delà de la référence, l'auteur n'oublie pas son propre récit et offre également un délicieux moment de lecture : les personnages sont croqués avec humour et justesse, les aventures se déroulent sans temps mort ; le lecteur, captivé, se laisse emporter avec bonheur dans cette uchronie pimpante, entre pied de nez et hommage à la "grande" science-fiction !

Un roman brillant donc, enlevé, bourré d'humour et de tendresse, entre aventure, hommage et parodie : à lire au plus vite ! Johan Heliot est définitivement un auteur jeunesse à suivre...

Infos

Editions : Mango (collection Mondes imaginaires)
Parution : 19 novembre 2010
Prix : 16 €
Nb de pages : 321

lundi 1 août 2011

Zoo City / Lauren Beukes

Résumé

Dans un Johannesburg fantastique (et cauchemardesque), tous les réprouvés, criminels et autres honnis du système reçoivent un animal qui les accompagnera jusqu'à leurs derniers instants. Les heureux maîtres, ou Zoos, doivent en effet prendre soin de leur bête, car si celle-ci venait à mourir, eux-même perdraient la vie... 

Au sein de l'inquiétante Zoo City, ghetto pour mauvais bougres, Zinzi, meurtrière ordinaire, est ainsi affublée d'un Paresseux (flegmatique comme il se doit) ; mais elle a également reçu un autre présent : une shavi, force magique singulière qui dans son cas consiste à pouvoir retrouver, par la force de la pensée, les objets perdus. Zinzi est employée par les habitants du quartier en quête d'effets personnels envolés.

Elle accède en ce sens à la demande de l'étrange Odi Huron, producteur renommé, qui souhaite exploiter les talents de Zinzi afin de retrouver une pop-star disparue....








Avis

Grief principal : le fil du roman est souvent difficile à suivre, l'auteur ne prenant en effet visiblement le confort du lecteur comme ligne de conduite principale. On a en effet le sentiment que les repères visuels et spatiaux s'effondrent à chaque nouveau chapitre (voire entre deux paragraphes !) tant l'auteur brinquebale son lecteur, avec une brusquerie manifeste, d'un évènement à un autre. Chaque lecture n'a certes pas à être un long fleuve tranquille... mais les ruptures de rythmes brutales (et parfois incompréhensibles) m'ont ici souvent gênée.

Mais, coup de maître ensuite : de cette brutalité qui aurait pu être gratuite, naît l'incroyable cheminement de Zinzi, meurtrière si humaine, accrochée à son paresseux et régnant sur le petit monde de fange qu'est Zoo City. Une écriture comme arrachée, qui prend au ventre et déballe, sans y paraître, l'inattendue beauté couvée entre un tas d'ordures et un sex-shop.


Ce livre permet en outre la plongée, souvent brûlante, dans la culture sud-africaine que l'on découvre - sans toutefois tout comprendre, offrant ainsi au texte une saveur légèrement ésotérique.  Les repères habituels ne sont ici plus seulement bouleversés par les éléments imaginaires, mais aussi par les modes de pensées, les codes de valeur d'un pays et d'une population que l'on connaît (a priori) peu. 


Les questionnements, en ce sens, se bousculent rapidement... L'animal, d'abord : est-il véritablement une punition (une pénitence ?) pour les criminels ? On ressent davantage comme une malédiction, la marque d'un esprit frondeur ou d'un destin pervers  qui offre au réprouvé un cadeau à double tranchant. L'animal est en effet, pour le Zoo, une présence éternelle, une prolongation de son être, mais également l'indélébile marque de l'infamie passée. Les zoos sont d'ailleurs reconnus par la simple présence de leur compagnons à poils ou à plumes.... 


Pour finir : Situé entre science-fiction (presque) désespérée et fantasy urbaine pour cité dépravée... Zoo City est un roman parfois inégal, souvent déroutant dans son rythme et dans la tenue de sa ligne narrative, mais qui emporte cependant l'adhésion du lecteur attentif par sa verve brutale, son univers chaotique et ses multiples implications culturelles et sociales. Les personnages, pétris de leurs fêlures et de leurs violences sont, de plus, traités avec une précision et une passion manifestes. 

Imparfait donc, mais favorablement insolite, rugueux... et puissant.




Infos


Traduction : Laurent Philibert-Caillat
Editions : Eclipse (collection Fantastique)
Prix : 18€
Nb pages : 343
ISBN : 9-782362-700453
Prix littéraire : Arthur C. Clarke Award 2010 (meilleur roman) ; BSFA award 2011 (meilleure couverture)

samedi 30 juillet 2011

Samien : le voyage vers l'Outremonde / Colin Thibert

Résumé

Orphelin exploité par un couple de soudards violents, Samien, petit paysan des Kraspills, dans le monde imaginaire de Sarancol, prend la fuite. Perdu dans le désert, il rencontre une étrange créature qui lui propose de s'associer afin de rencontrer, ensemble, gloire et fortune : il s'agit de Tonka, une araignée savante... Les deux compères, en route pour Ikshion, la capitale, puis pour l'Outremonde, connaîtront joies et déboires dans l'univers tantôt hostile, tantôt délirant, qui s'offre à eux.




Avis


Une couverture plutôt trompeuse faisait croire à un roman gentillet de fantasy pour les plus jeunes... mais rien de cela dans cet ouvrage foisonnant, audacieux et impertinent qui s'adresse plutôt aux ados (+ 14 ans). 

L'auteur réexploite avec intelligence les ressorts de la fantasy traditionnelle pour mieux faire ressortir ses situations inattendues, explosives ou cocasses. On se laisse ainsi emporter sans rechigner dans l'univers original et très bien construit de Sarancol. 

Notons également - une fois n'est pas coutume - qu'il s'agit un roman de fantasy drôle !! Les passages concernant le "walche", une sorte de football élevé au range de religion dont les supporter sont des adeptes pèlerins traversant le monde pour assister aux matches de leurs idoles, sont ainsi particulièrement hilarants. L'impertinence est aussi au rendez-vous : le jeune Samien, dans un passage aussi magistral qu’irréel, découvre ainsi les joies de l'amour auprès d'une sympathique autochtone aux corps couvert de doux picots... si, si !

Le lecteur trouve également, dans ce roman, une large galerie de personnages (principaux ou secondaires) hauts en couleurs, au sein de laquelle l'inénarrable Yonka fait office de figure de proue. Un héros qui cache sous son bonnet (en laine rouge) une grosse araignée velue, à la fois amie et maître à penser... du jamais-vu ! 

En un tome, ce roman, feu d'artifice d'aventures délirantes qui prend la forme d'une quête initiatique au rythme effréné dans un univers foisonnant de dangers et découvertes en tous genres, est à lire et à conseiller sans modération. 

De la fantasy inédite et rafraîchissante !


Infos


Edition : Thierry Magnier
Parution : 02/02/2011
Prix : 15,80€
Nb pages : 333
ISBN : 978-2-84420-888-0

Instinct T1 / Vincent Villeminot

Résumé

Tim, seize ans, est victime d'un accident de voiture dans lequel ses parents et son frère jumeau perdent la vie. Lui-même est retrouvé par la police vingt-quatre heures après le drame, inconscient. Il ne se souvient de rien... ou presque : il a en effet l’étrange sensation d'avoir été, l'espace d'un instant, dans le corps d'un ursos arctus horribilis : un grizzly. 
Une fois à l'hopital, le jeune garçon est interrogé par un flic indélicat persuadé que Tim est impliqué dans l'affaire ; le corps du frère porte en effet des traces de blessures qui ne collent pas avec la thèse d'un simple accident....
Tim est également pris à parti par l'étrange docteur McIntyre, qui va proposer au jeune homme de rejoindre son institut en Europe. Le scientifique est en effet persuadé que Tim s'est réellement transformé en grizzly car il est un métamorphe, un être capable de se transformer en animal...
Commence alors pour Tim une étrange aventure au sein de l'Institut, structure où il va rencontrer d'autres métamorphes, lutter contre des chasseurs sanguinaires, et tenter de répondre à la terrible question qui le taraude : est-ce moi qui ai tué mon frère ?



Avis

Etant moi-même peu sensible aux histoires de métamorphoses (les loups-garous ne sont pas mes meilleurs amis...) je ne dirai pas que j'ai adoré Instinct (c'est à dire qu'il a vraiment collé à mes goûts personnels) ; il s'agit cependant d'un roman fantastique remarquablement efficace qui plaira sans conteste aux amateurs du genre.

Comme bons points, notons que le roman :

- laisse la belle part aux interrogations du personnage face à l'anormalité des situations qu'il rencontre (enfin la base du fantastique respectée !) ET à sa douleur face à l'acte qu'il pense avoir perpétré (le meurtre de son propre frère)

- donne également une large place à l'action avec la lutte éperdue de Tim et ses deux amis contre les chasseurs

- offre enfin une vraie réussite avec le personnage de Shariff et son incroyable métamorphose ; je ne spoilerai pas pour ne pas gâcher la surprise mais disons que pour une fois les personnages ne se métamorphosent pas uniquement en animaux soit terrifiants soit sexy !

- est très bien écrit ; à part les passages concernant l'histoire d'amour entre les protagonistes un peu kitch et moyennement maîtrisés, l'écriture est en effet globalement à l'image de l'intrigue : solide, efficace, facile à suivre.

Un roman efficace et prenant donc, au propos fort, aux constructions narratives solides ; l'introspection du personnage principal couplée au suspense de l'intrigue offre un ensemble complet, bien tenu... mais peut-être un peu lisse, fort heureusement l'incongruité du personnage de Shariff sauve le roman qui aurait pu rester comme la copie réussie d'un bon élève, mais sans plus.

Infos

Edition : Nathan (collection Blast)
Parution : 07/04/2011
Prix : 13€
Nb de pages : 372
ISBN : 978-2-09-202314-3
Sortie du tome 2 : le 01/09/2011

jeudi 28 juillet 2011

Rose et la maison du magicien T1 / Holly Webb

Résumé

Rose, 10 ans, pensionnaire d'un orphelinat dans un univers typique de l'Angleterre victorienne, n'a qu'un rêve : être employée par une famille comme femme de chambre, et gagner sa vie... Ce souhait va être rapidement exaucé : une place s'est en effet libérée dans la maison du célèbre M. Fountain, magicien et alchimiste. Rose va découvrir une demeure étrange, théâtre de manifestations étonnantes, et sera confrontée à la révélation de ses étranges pouvoirs de magicienne.




Avis 

Pour apprécier cet ouvrage à sa juste valeur, il faudra tout d'abord mettre de côté deux a priori assez rebutants de prime abord, mais qui se révéleront fort heureusement tout à fait anecdotique :
- la couverture kitchissime
- le sujet, très classique, de l'orpheline et du magicien

Une première chose donc, le massacre de la couverture. Cette dernière, très girly, avec force étoiles dorées et fond rose bonbon, pouvait faire croire que le roman est à réserver uniquement aux petites filles amatrices de guimauve. Faux ! Encore un choix malheureux de l'éditeur qui dessert un bon roman...

Une fois l'obstacle "couverture" passé, poursuivons avec le scénario : si le sujet du roman faisait craindre le pire (série de fantasy ultra-classique avec une pauvre petite orpheline adoptée - le hasard est bien fait ! - par un brillant magicien...), on change rapidement d’avis face à un récit solide, très bien mené et pas si léger qu'il n'y paraît.

En effet, la petite Rose étonne par sa force de caractère et les convictions solides d'une enfant trop vite grandie : elle ne rêve pas de trouver une famille (elle sait n'avoir aucune chance) mais un employeur; et lorsqu'elle découvre ses pouvoirs, elle les refuse et les dissimule pour ne pas perdre sa place. Une orpheline qui découvre ses dons de magie, classique donc, mais une petite obstinée qui ne veut pas cultiver ces pouvoirs car elle ne serait plus à sa place parmi les domestiques, or son statut de femme de chambre lui convient parfaitement... étonnant et revigorant, d'autant que l'apprenti du magicien, nullité absolue dans son domaine, va tanner Rose pour qu'elle l'aide en secret !!

On suit avec un plaisir manifeste la découverte par la jeune Rose de la maison du magicien et de ses habitants, l'auteur, d'une plume claire et douce, presque ronronnante, prenant le temps d'installer son récit et ses personnages. A noter : le deuxième tome devrait concerner la lutte de Rose contre une magicienne maléfique ayant enlevé des enfants, personnage qui rappelle étrangement la Mme Coulter de Pullman, à suivre...

En résumé : un très bon roman de fantasy, d'une lecture agréable et aisée, qui peut être donc lu par les plus jeunes lecteurs (filles ET garçons). Une lecture très plaisante, roman jouant de plus avec les clichés et stéréotypes du genre... que demander de plus à part "à quand le deuxième tome !!" (celui-ci est confirmé par l'éditeur mais aucune date n'a filtré pour l'instant !).

Infos 

Traduction : Faustina Fiore
Editions : Flammarion (collection Grands formats)
Parution : 04/05/2011
Prix : 13 €
Nb de pages : 338
ISBN : 978-2-08-123358-7