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lundi 8 février 2016

Les variations d'Orsay / Manuele Fior

Le pitch

Henri, Claude, Auguste, Edmond, Paul... Les grands peintres d'Orsay sont autant de fantômes que les visiteurs exaltent. La gardienne, péniblement installée sous La charmeuse de serpents du Douanier Rousseau, "toile qui annonce les rêves surréalistes à venir" ("tu parles, que des conneries !" grogne la butée fonctionnaire) voit les choses différemment. Tous ces artistes sont à elle ; ils la connaissent, ils l'aiment, elle les domine. Et accompagné par cette étrange figure hypnotique, le lecteur est emporté dans les dédales du musée, au cœur d'un "rêve étrange et pénétrant", qui prendra fin à "six heures moins le quart", tiens, heure de fermeture, videz les salles et tapez les codes. Plus rien à voir.
Mais en attendant...



Avis

Les éditions Futuropolis/Musée d'Orsay permettent à un auteur béni d'accéder à tous les lieux, tous les secrets du musée d'Orsay afin d'en livrer sa vision en un album. Catherine Meurisse avait imaginé une savoureuse Olympia intermittente, bercée de rêves de gloire et cherchant son Roméo (Moderne Olympia, 2014). Le casting de rêve se poursuit avec le deuxième auteur invité par Futuropolis/Musée d'Orsay : Manuele Fior. Ce dernier nous avait notamment fait rêver avec sa magnifique Entrevue (2013). Qu'en est-il de ses Variations ?

Et bien, Les Variations d'Orsay constituent une plongée envoûtante et magique dans un univers intense, monde de lumières, de teintes poudrées et cendrées, de bruns profonds, où les boa et ibis du douanier Rousseau s'éveillent et entament leur lente marche, sur les rythmes fascinants de la charmeuse qui tient le récit dans sa large poigne. Son charme opère à coup sûr, et l'on rencontre les grandes figures attendues - Degas, Ingres, Monet, et les autres - entre songe et éveil. "C'est vachement bien ce que vous faites !" lance une intrigante en rouge à Berthe Morisot, "c'est trop cool, Madame !". Les anachronismes fleurissent entre ces lèvres rieuses, sur ces visages d'il y a cent ans. Époques et styles s'emmêlent, et, dans une nuit froide et magique, les images se réveillent, et les chouettes survolent les chaufferies du musée... Les pieds nus de la charmeuse battent les carrelages aux sous-sols, mains flattant le pelage lustré des panthères, ou effleurant les toiles endormies, les trésors fragiles enveloppés de ténèbres et de soie.

Manuele Fior nous livre un Orsay magique, magnétique, peuplé de ses fantômes et de ses chamans ; un univers qui a digéré des générations d'iconoclastes devenus dignes de ses cimaises, et dont il porte la mémoire. Lignes, couleurs, interprétations se chevauchent au rythme de l'incantation gravée par Gauguin sur le fronton de sa demeure tahitienne :
"Soyez mystérieuses
Soyez amoureuses
Et vous serez heureuses".

L'auteur révèle un peu des mystères de son Orsay, et il faut le remercier pour la traversée incroyable, savamment orchestrée, qu'il propose. L'équilibre de l'oeuvre, son étrangeté et sa joie, sont parfaits.

Et bien sûr, ajoutons que le trait et les compositions de  Manuele Fior sont toujours somptueux. Voici les dessin de couverture en son entier (source : http://www.futuropolis.fr/les-variations-dorsay-de-manuele-fior).


                                                         Manuele Fior ©Futuropolis/ Musée d’Orsay Éditions 2015
     
Infos

Les variations d'Orsay / Manuele Fior
Éditions : Futuropolis / Musée d'Orsay
2015
9-978-2-7548-1409-6
16€
66 pages

mardi 23 juin 2015

Zita, la fille de l'espace / Ben Hatke





Brunette pêchue et volontaire, Zita adore parcourir les bois en compagnie du blond et tendre Joseph. Lorsque les deux amis découvrent un étrange objet abandonné au sol, Joseph bien sûr, rechaussant ses lunettes, sermonne la curieuse Zita : toucher ce que l’on ne connaît pas, c’est défendu, c’est dangereux ! Mais Zita la curieuse prend le curieux bidule, le secoue, le triture… Et un éclair atroce vient aspirer Joseph, le propulsant dans une inquiétante galaxie peuplée de robots, rats géants et autres joueurs de flûte… Zita se met aussitôt en quête de son ami, embrassant sans complexe le statut de mini-héroïne de science-fantasy. À la fois tendre, drôle, sombre, angoissant et ténu, fourmillant de trouvailles et de personnages incroyables, Zita est une série jeunesse qui ne prend pas ses lecteurs pour des ânes, ne leur dissimulant ni le tragique, ni le merveilleux du récit – c’est là sa force et sa lumière.

mercredi 8 mai 2013

L'entrevue / Manuele Fior


Le pitch


Dans l'Italie de 2048, Raniero s'enlise. Nostalgique, il s'attache à des objets et coutumes surannés : sa voiture est une parfaite antiquité, et sa relation avec Nadia, sa femme - qui d'ailleurs prévoit de le quitter bientôt - procède clairement des habitudes d'un autre âge. Le monde moderne est en effet enthousiasmé par la Nouvelle Convention, précepte de libération sentimentale et sexuelle qui abolit jalousie, possession, exclusivité amoureuse... Raniero peine dans son existence morose, jusqu'à ce qu'un accident, LA rencontre et l'apparition d'étranges lueurs viennent piqueter d'étoiles son ciel jusqu'alors bien morne. 






Avis

Récit d'anticipation ni ultra technique, ni brutalement politique, L'entrevue relève l'insensé pari d'une science-fiction parfaitement inattendue - le sentiment, l'humain, est le cœur, sensible et vivant, de ce récit d'exception. Le décor, à la fois futuriste et baigné des paysages et us & coutumes d'une Italie millénaire, construit une vraie vision - fantaisiste mais crédible - de ce que pourrait être, un jour, ce pays frondeur et parfumé.

Récit d'anticipation, certes... Mais surtout, récit d'une rencontre improbable et éclatante, histoire enivrante de deux êtres captifs.

Raniero ne pourra lutter longtemps contre la lumière de Dora. Il tente de contenir l'évidence de sa fascination, sa révélation, son désir ; il tente, bien sûr.

"Vous êtes très jeune", objecte l'homme, engoncé de craintes inutiles. 
"Non. C'est le monde qui est vieux. Et faux, stupide, et insensé, petit, borné, pauvre, malheureux, fatigué. Fini."

Puis, lorsque Dora discrètement se relève et enfile sa robe tissée de constellations, c'est l'univers entier qui l'enveloppe et remue au gré de ses pérégrinations. Amoureuse exceptionnelle, Dora devient, pour Raniero, pour le lecteur, le monde. Elle est l'univers. Absolue.
Magnifique.

L'Entrevue, récit d'une épiphanie, est tout aussi magnifique. L’excellence plastique de Manuele Fior, ses compositions hypnotiques, ses dialogues délicatement ciselés servent dans cet album splendide une émotion totale, lumineuse, et juste. 

Infos

Titre : L'entrevue
Auteur : Manuele Fior
Éditeur : Futuropolis
Parution : 05/04/2013
Pages : 173
Prix : 24 €
ISBN : 978-2-7548-0583-4

lundi 11 mars 2013

Sailor Twain ou la sirène dans l'Hudson / Mark Siegel

Le pitch


Fin XIXème siècle. Elijah Twain, commandant du Lorelei, fringant navire à vapeur, économise patiemment pour payer les soins nécessaires à Pearl, sa femme handicapée. Pointilleux, ponctuel, Twain mène son navire avec un soin jaloux, suivant le personnel et les machineries, observant les allées et venues des passagers. Un capitaine irréprochable... Jusqu'à ce qu'un soir, au couvert de la nuit, Twain recueille sur son pont ce qu'il croit être une jeune femme rescapée de la noyade. La créature rejetée par le fleuve Hudson se révélera autrement plus dangereuse, pour Twain comme tous ceux qui voyagent à son bord...




Avis

Sailor Twain est une bande dessinée-fleuve plastiquement très intéressante. Le découpage et les choix de mises en espace très théâtraux, couplés à l'expressivité d'un trait dense, intense, charbonneux, composent un univers ample, mouvementé - presque baroque.

L'ambiance "machine à vapeur" et l'aura fantastique de l'histoire valent en outre à Sailor Twain ou la sirène de l'Hudson d'être aimé et chroniqué des milieux steampunk. Si l'on s'en tient au strict terme littéraire, l'assimilation est un peu expresse, cette bande dessinée n'ayant aucun aspect prospectif ou uchronique. Le patronage reste cependant signifiant, mais découlerait (de l'humble avis du chroniqueur) davantage de l'esthétique générale du récit  - une certaine forme d'élégante noirceur et de nostalgie diffuse se dégagent en effet d'une narration tout en souplesse, s'écoulant en une patiente mélopée charriant amours et tragédies aux creux de ses vagues, entre eaux calmes et remous - narration en un sens fidèle à l'image  du fleuve qu'elle célèbre !

Sailor Twain séduit également par ses personnages et leurs déboires : Twain, dont le septicisme et la froide raison se verront confrontées aux forces profondes du fantastique ; Lafayette, l'intrigant et libertin passager français frayant galamment les coursives de la Lorelei en quête des mystérieux (et libidineux !) "sept amours" ; et la sublime Camomille, dont les yeux captivent autant (sinon davantage !) que le chant de la créature qu'elle pourchasse de sa plume...

Amis lecteurs, un bien agréable voyage vous attend sur la Lorelei... Prenez cependant garde aux sirènes et leurs chants trompeurs !

Infos

Titre : Sailor Twain ou la sirène dans l'Hudson
Auteur : Mark Siegel
Éditeur : Gallimard
Parution : 17/01/2013
Pages : 400
Prix : 23 €
ISBN : 9782070696178

samedi 2 mars 2013

Varulf T1 : La meute / Gwen de Bonneval, Hugo Piette

Le pitch

"Au Moyen-Âge, un village scandinave traverse une période sombre. Le mauvais temps détruit les récoltes et, la nuit, des animaux sauvages viennent massacrer les villageois, semant la terreur et l'incompréhension au sein de la population. Alors que les attaquent se multiplient, Gisli et les autres enfants du village se questionnent sur l'origine de cette folie meurtrière..." (résumé éditeur)





Avis

À vous qui aimez flâner sur les blogs de lecteurs chroniqueurs en quête de spoilers trahissant les secrets de séries en cours, passez votre chemin ! Impossible en effet de trop en dire au sujet de Varulf sans courir le risque de dévoiler ses inquiétantes arcanes... 

Aussi, pour connaître la vérité (glaçante !) sur cette bande de gamins simili-vikings et les exactions d'une meute de bestioles assassines... Lisez ! Le plaisir sera au rendez-vous.

En effet, Varulf est un très bon premier tome, qui marie à merveille le scénario fantastique bien dosé de Gwen de Bonneval (assez de révélations pour appâter durablement le lecteur avide de connaître le fin mot de l'histoire, et un timing exemplaire du teasing pour le laisser sur sa faim - joie perverse du scénariste, m'est avis !) et le dessin ouvert et dense de Piette - à base d'aplats et de cernes forts, sans débauche de nuances et effets de réalisme. Les scènes nocturnes, noires et bleues, sont particulièrement attirantes et servent à merveille l'ambiance du récit.  

Si le duo d'artiste semble a priori déroutant, force est de constater qu'il est en réalité plus que bienvenu : la fausse simplicité du graphisme oeuvre intelligemment à maîtriser les effets du scénario, permettant ainsi d'offrir, in fine, une bande dessinée aussi incongrue que parfaitement accessible et "prescriptible".

Une vraie pépite dans le corpus fantastique de la bande dessinée contemporaine (souvent très balisé), et un excellent titre, donc, de la collection Bayou... L'attente va être longue pour le tome 2 !!

Infos

Série : Varulf
Titre du Tome 1 : La meute
Scénario : Gwen de Bonneval, Hugo Piette
Dessin : Hugo Piette
Éditeur : Gallimard (coll. Bayou)
Parution : 10/01/2013
Pages : 96
Prix : 16, 50 €
ISBN : 9782070639830


dimanche 24 février 2013

Hilda et le géant de la nuit / Luke Pearson

Le pitch


Hilda et sa mère vivent paisiblement dans leur modeste chaumière, au creux de calmes vallées… Jusqu’à ce qu’une armée d’elfes aussi minuscules que territorialistes s’emploient à les faire déguerpir, jets de pierres, missives haineuses et dégâts collatéraux à l’appui. Forcée d’entrer en négociation avec les belliqueuses peuplades des provinces elfqiues du Nord, Hilda devra faire preuve de toute son éloquence pour pouvoir rester chez elle... 




Avis



Une belle découverte, et un vrai coup de  coeur pour cette série de pure fantasy, entière, fraîche, drôle et décomplexée, terriblement efficace. Personnages, couleurs, découpage, tout est ici au service d’un récit délicieux, dont se dégage une poésie de l’étrange qui n’est pas sans rappeler les frasques d’un certain Hayao Miyazaki…. 

À lire absolument ! (Dès 7 ans)

Les albums de la série (trois parus actuellement : Hilda et le troll, Hilda et le géant de la nuit, Hilda et la parade des oiseaux) sont maquettés et fabriqués avec grand soin, et de fait plaisants à manipuler, comme le le montre cette image (source : Nobrow http://www.nobrow.net/6799) :



Les couvertures des autres tomes :



Infos

Titre : Hilda et le géant de la nuit
Parution : 01/12/2011
Éditions : Nobrow
ISBN : 978-1-907704-36-9
Prix : 14.80 €
Pages : 48


lundi 5 novembre 2012

Fairy Quest T1 : Les Hors-la-loi / Paul Jenkins, Humberto Ramos, Léonardo Olea

Le pitch

"Il était une fois à Bois-des Contes, un monde enchanté où vivent tous les personnages des fables merveilleuses de l'enfance... Dans cet univers, le quotidien des habitants s'avère immuable, huilé comme une horloge suisse. Le comportement de chacun est définitivement écrit, il faut respecter la trame précise du récit et ne jamais sortir de son rôle. Or un jour, le Petit Chaperon Rouge, épuisé de réinterpréter chaque jour la même histoire, d'arpenter de façon répétitive le même chemin, de déclamer perpétuellement les mêmes discours, décide avec son complice le Loup de sortir des sentiers battus et de s'émanciper du scénario. 
Mais pourront-ils vraiment devenir libres, alors que l'infâme monsieur Grimm lance ses hommes de main à leurs trousses ?" (résumé éditeur)






Avis

Une série de facture graphique plutôt classique, qui du point de vue scénaristique s'emploie à ajouter une pierre à l'édifice (déjà haut !) du conte détourné. Le pari est plutôt réussi,  grâce à certains détournements narratifs intéressants [SPOIL], notamment l'environnement de Bois-des-Contes, théâtre peu enchanteur gouverné d'une main de fer par Grimm, sorte de Big Brother sadique obsédé par le respect de l'histoire et tenant les personnages des contes en respect par la menace... voire la torture : Cendre Illon (!) est ainsi châtiée en place publique par un passage dans le redoutable "Vide-Tête", charmante invention destinée à effacer les souvenirs des récalcitrants et les faire rentrer dans le droit chemin narratif. Mêler conte détourné et dystopie : pas mal du tout !

Une bande dessinée sympathique, donc, et accessible aux plus jeunes. À suivre !

Infos

Auteurs : Paul Jenkins (Scénario), Humberto Ramos (Dessin), Leonardo Olea (couleur)
Éditeur : Glénat (collection Grafica)
ISBN 978-2-7234-8962-1
Parution : 16/05/2012
Prix : 13.90 €
Pages : 48