Le pitch
"En 1688, Jennet, fille d’un célèbre chasseur de sorcières, a douze ans. Sa tante Isobel, grande admiratrice de Newton, se voit accusée de sorcellerie parce qu’elle a réussi à expliquer des phénomènes naturels tenus jusque-là pour divins. Jennet part à Cambridge dans l’espoir de convaincre Newton de venir témoigner à son procès. Mais Isobel est condamnée au bûcher et Jennet jure de consacrer sa vie à l’abolition de la loi contre la sorcellerie…
A la fois biographie fictive, récit épique et « exercice d’apologétique newtonienne », ce roman, raconté à la première personne par le propre livre d’Isaac Newton, les Principes mathématiques de philosophie naturelle, nous emmène aux origines de la rationalité occidentale, à une époque où cohabitent dévots obscurantistes brûleurs de sorcières et premiers scientifiques..." (résumé éditeur)
Avis
ATTENTION : CHRONIQUE DITHYRAMBIQUE À SUIVRE.
Écrire au sujet d'un ouvrage de Monsieur James Morrow, dont l'intelligence et la parfaite érudition se doublent, rare et précieux alliage, d'un véritable talent de conteur et d'un sens de l'humour redoutable de finesse, est une tâche délicate. Difficile en effet pour l'humble chroniquer de trouver les mots capables de témoigner avec justesse de l'excellence d'un tel auteur !
Dès les premières pages, James Morrow offre un pacte de lecture inédit : le roman que l'on s'apprête à lire, Le Dernier chasseur de sorcières, est raconté par un autre livre, les Principes Mathématiques de Newton. Morrow n'est lui-même qu'un vague scribe humain, à l'instar de tout romancier qui, se croyant démiurge, n'est en fait qu'un passeur choisi par un livre qui a encore des choses à dire. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que certains bouquins sont impossibles à arrêter dans leur compulsion d'écriture : ainsi "After 'Waiting for Godot' acquired a taste for writing Windows software documentation, there was no stopping it" !
Le doute assaille bien sûr au départ : comment un tel argument d’écriture peut-il être tenu sur les quelques 680 pages qui vont suivre ? Cela semble relever d'un défi d'une insoluble complexité... Mais aucun problème pour Morrow : sa géniale trouvaille se tient sans problème.
N'ayez pas peur, Le Dernier chasseur de sorcières n'est pas qu'un formidable os à ronger pour les théoriciens en structure narrative de tous bords : l'histoire elle-même - celle que nous racontent les Principia ! - est absolument immersive (on suit avec passion la vie de Jennet) et le fond historique est bien sûr excellent (la chasse aux sorcières n'aura plus de secret, ou presque, pour vous !). Ajoutez un puissant maillage d'ironie, et vous obtenez un livre tout à fait fabuleux.
Un roman incroyable, qui a fait une entrée fracassante dans ma top-list des écrits inoubliables, capables de marquer profondément et durablement l'intellect, l'imagination et la sensibilité du lecteur. Un must-have !
Quelques liens :
- le site de l'auteur : (http://www.sff.net/people/jim.morrow/)
- Un bel article (en anglais) : http://www.nytimes.com/2006/03/30/books/30masl.html?_r=0
Infos
Auteur : James Morrow
Traducteur : Philippe Rouard
Éditeur : Au Diable Vauvert
Parution : 24/10/2003
ISBN : 2-84626-059-1
Prix : 23€
Pages : 686

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